Université Paris 8
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Archives rêvées, mémoires de peintre

Porteur du projet : Éric Bonnet

En collaboration avec :
Archives nationales
Maison d’art contemporain Chailloux, Fresnes
Galerie Jean Fournier, Paris
Galerie Bernard Jordan, Paris
Galerie Bernard Ceysson, Paris

L’élaboration d’une œuvre convoque toujours des images déjà-là dans la mémoire du peintre, ou des images concrètes qu’il collecte. Comment une œuvre se fabrique-t-elle à l’atelier ? Comment l’artiste vit-il une relation avec le passé qu’il actualise et dépasse dans le moment de la création ? De quel passé s’agit-il ? Un passé singulier historique, un passé objectivé ou phantasmé ? Comme autant d’images plurielles convoquées sans être là, notre mémoire agit sur notre conscience et notre geste de façon automatique et indirecte. Certains plasticiens, comme Bernard Moninot, proposent une lecture principielle du geste de mémoire, ancré dans la vie des éléments manifestes : pierre, verre gravé, eau, feuille de papier Ces matériaux sont autant d’objets de mémoire et à mémoire, qui fabriquent autant qu’ils répertorient.

Comment la peinture en tant que matériau de recouvrement, de l’opaque au diaphane, interroge-t-elle la mémoire du regard, de celui qui s’y adonne, et de celui qui la contemple ensuite ? Une peinture n’est-elle pas fondamentalement une archive qui s’efface et se constitue au fur et à mesure de son élaboration, strate par strate ? L’archivage, chez les peintres, n’est pas nécessairement associé à des problématiques historiques. Avec son Journal d’il, l’artiste Gérard Duchêne a mis en place une entreprise autobiographique : mais son journal intime ne pourra jamais nous être révélé. Son écriture devient illisible. Le lisible dissimulé devient matériau à voir, où le témoignage archivé devient un appareil qui fabrique de l’œil et du regard.

Quels sont les artistes, qui, actuellement, utilisent intimement des documents ? S’agit-il de documents privés ou de documents publics ? Quelles formes d’archivage pratiquent-ils ? En remettant en question la linéarité de l’histoire individuelle et collective, le geste de collectage de l’artiste, tel celui de Patrick Saytour dont l’atelier conserve un grand nombres d’objets paradigmatiques d’une époque et d’une culture : balatums, porte-manteaux en bois, faux-cuir et fourrures, abat-jours, etc., l’artiste nous incite à revisiter la périodicité de son époque, associée à ces objets de la vie moderne, par le biais de ses propres investigations. Aussi, une véritable archéologie culturelle et sociale se met en place.

Quels sont ceux, qui, au contraire, lâchant prise, tentent coûte que coûte, de s’identifier à leur geste, dernière trace d’une écriture succincte bientôt disparue ? Christophe Cuzin revendique une peinture ouvrière, manufacturée. Son œuvre s’effectue dans l’espace architectural, elle archive la typologie d’un lieu, et en serait comme sa mémoire, à travers une réalisation éphémère mais extrêmement documentée, notamment grâce à photoshop et à la conservation d’un fichier informatique. Le fait que l’œuvre disparaisse après chaque exposition promet qu’elle puisse recommencer ailleurs.

Dans quelle mesure l’œuvre peinte interroge-t-elle la mémoire singulière et la collectivité, dans ses projections passées et à venir, dans son rapport à la langue ?
Les expositions présenteront les œuvres d’un certain nombre d’artistes mais également leur cheminement personnel à l’atelier, à travers la présentation des traces témoignant de l’élaboration de leur œuvre : carnets, cahiers, notes, images accumulées, accompagnant leur parcours.
La peinture, comme l’archive, n’est-elle pas un territoire privilégié de l’oubli autant que de la mémoire ?Notre interrogation nous amènera ainsi à considérer l’espace peint et l’espace dessiné comme des lieux où l’oubli devient actif, et par là, absolument nécessaire.

Labex Arts-H2H

Le Laboratoire d’excellence des arts et médiations humaines est lauréat des Investissements d’avenir depuis 2011. Dans ce cadre, les membres développent des recherches selon trois axes majeurs : situations, technologies, hybridations.

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